Diatomées benthiques de la zone médiolittorale 

de Bretagne Sud

en milieu estuarien et saumâtre

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Introduction

Les estuaires, ainsi que les rias, correspondent à des bras de mer pénétrant dans une vallée fluviale jusqu'à la limite supérieure où la marée provoque une élévation du niveau de l'eau. Ces embouchures sont le lieu de dépot des sédiments d'origine fluviale. Leur accumulation alimente des vasières constituant au niveau de l'étage médiolittoral la ¨slikke¨, laquelle apparaît comme une étendue quasiment plate, grise et luisante.
La slikke est également présente dans les marais salés submersibles où le schorre représente alors la partie revêtue d'une couverture végétale, recouverte seulement lors des grandes marées.
Dans les estuaires, la marée présente une composante dynamique qui correspond à la pénétration de l'onde de marée et une composante saline correspondant à l'incursion de l'eau de mer. Cette dernière se traduit par un gradient de la salinité de l'aval vers l'amont. Dans les marais salés, souvent parcourus par un ou plusieurs ruisseaux, l'effet est le même bien qu'il soit moins marqué. Dans ces différents milieux, les peuplements aussi bien animaux que végétaux, doivent donc être euryhalins, c'est à dire qu'ils doivent supporter des variations de salinité de grande amplitude. En effet, dans les eaux saumâtres, les espèces d'origine marine ont tendance à se déminéraliser tandis que celles d'origine dulcicole ont tendance à se déshydrater. Outre les variations de salinité, les espèces présentes dans ces milieux subissent de violentes variations de l'éclairement et de la température, sans parler des pollutions en provenance des bassins versants.

Au sud du Finistère, le triangle Bénodet-Quimper-Fouesnant présente un ria
-celui de l'Odet- avec trois longues digitations, un marais salé -la Mer Blanche- parcouru par un ruisseau peu conséquent et présentant un schorre riche en mares atteintes par la mer aux grandes marées, et un micro-estuaire -l'Anse de Penfoulic- parcouru par les eaux en provenance d'un marais terrestre, ainsi que par les courants de marée. Il m'a semblé intéressant de tenter d'établir un inventaire des diatomées épipéliques (vivant sur la vase) présentes dans ces milieux.


vasière

Vasière de Porz guen sur la rive gauche de l'Odet

Les prélèvements : collecte et analyse 

A  -  De février 2000 à mai 2004, des prélèvements ont été réalisés, à tout moment de l'année, à marée basse, sur les quatre stations suivantes:

- Porz Guen : vasière rive gauche de l'Odet, à 3 km en amont de la Pointe de Combrit (mer libre) (7 prél.)
- Anse Saint Cadou : vasière à 12 km en amont de la Pointe de Combrit et à 2,5 km du cours principal de l'Odet ; cette digitation est  parcourue par un ruisseau (11 prél.)
- Mer Blanche : marais avec slikke et mares du schorre, entre 1 et 2,5 km de l'entrée du marais (10 prél.)
- Anse de penfoulic : vasière à 1 km de l'entrée de l'anse (10 prél.).

B-  En juin 2016, 3 prélèvements ont été réalisés à l'Anse de Penfoulic (micro-estuaire). En décembre 2016, 2 prélèvements ont été réalisés au même endroit.

Les 3-4 premiers mm du sédiment étaient prélevés à marée basse (tubes Falcon 50 ml) en une dizaine de points. Dans quelques cas, la vase déposée sur des pierres ou
des bois morts était également raclée. Les prélèvements étaient ensuite dilués et agités plusieurs fois. Les diatomées étaient séparées du sédiment par 2 ou 3 décantations différentielles et stockées en présence de 2 % de formol. Après que les frustules aient été préparés selon Loir (2004), les taxons présents dans chaque prélèvement ont été identifiés.

Résultats

A - Seuls les prélèvements de 2000 à 2004 ont fait l'objet d'une analyse quantitative :

Richesse spécifique totale


Les 38 prélèvements effectués sur les 4 stations ont permis de répertorier un total de 221 taxons.
Le nombre de taxons trouvés sur chaque station était de  :
Pors Guen : 77
Penfoulic : 61
Mer Blanche : 69
St Cadou : 113

Pour chacune des 4 stations, le pourcentage de taxons communs à l'ensemble des 3 autres était de :
Porz Guen : 36 %
Penfoulic : 60 %
Mer Blanche : 53 %
St Cadou : 44 %

Composition des peuplements diatomiques

Il n'a pas été réalisé d'étude quantitative permettant d'identifier les espèces dominantes. Seule a été considéré le nombre de taxons pour les genres représentés par au moins 4 taxons dans l'une des stations :

Genres Porz guen Penfoulic Mer Blanche Saint Cadou 4 stations
Amphora 5 5 4 2 12
Caloneis 0 0 7 2 7
Cocconeis 5 4 1 4 7
Diploneis 0 2 8 9 14
Gyrosigma 6 2 3 7 12
Lyrella 4 3 4 3 8
Navicula 7 5 9 10 19
Nitzschia 7 3 7 19 29
Pinnularia 0 4 2 7 9
Stauroneis 1 2 0 4 5
Surirella 2 3 0 8 11
Synedra 4 2 2 2 7


Les espèces présentes dans les milieux échantillonés sont nécessairement plus ou moins euryhalines. Les unes sont rencontrées généralement en mer (¨espèces marines¨), tandis que d'autres sont présentes couramment dans les eaux douces (¨espèces dulcicoles¨, cf. Diatomées des eaux douces) ; quelques unes  (¨espèces saumâtres¨) sont considérées comme propres aux eaux saumâtres (ou aux eaux continentales très minéralisées). Ces trois types d'espèces se répartissaient comme suit dans les 4 stations (en pourcentages) :

¨Esp. marines¨ ¨Esp. saumâtres¨ ¨Esp. dulcicoles¨
Porz Guen 85 5 10
Penfoulic 78 7 15
Mer Blanche 70 8 22
St Cadou 46 4 50


B -  Les 5 prélèvements effectués en 2016 ont révélé la présence de 120 taxons dont une quarantaine n'avaient pas été observés antérieurement. C'est le cas notamment pour 4 taxons du genre Mastogloia.


L'ensemble des taxons observés dans les prélèvements A et B est présenté :

Liste des diatomées de la zone médiolittorale

Environ 140 taxons présents dans les prélèvements A et B, sont illustrés :

  
Médiolittoral

Quelques taxons et genres non identifiés sont illustrés :


Quelques taxons ont été photographiés in vivo

Conclusion


Depuis Carter en 1932, les peuplements de diatomées benthiques épipéliques des zones littorales d'Europe Occidentale ont fait l'objet de diverses études (Round 1960, Hendey 1964, Malissen 1973, Riaux et germain 1980 ; cf Bibliographie). Dans les milieux saumâtres étudiés (estuaires, vasières, marais), le nombre des espèces épipéliques varie autour de 50 à une centaine. La diversité spécifique des peuplements diatomiques des 4 stations considérées ici est du même ordre. Quant aux taxons que nous avons recensés, beaucoup sont caractéristiques des zones littorales saumâtres.
Nous n'avons pas réalisé de mesures de salinité. Néanmoins, les différences observées de la proportion de diatomées ¨marines
¨ et de diatomées ¨dulcicoles¨ dans les 4 stations sont cohérentes avec 1) la localisation des stations par rapport à la mer libre et 2) avec l'importance relative des apports d'eau douce. Notamment, il est vraisemblable que la vasière de St cadou, où 50 % des espèces sont ¨dulcicoles¨, subit des salinités beaucoup plus faibles que celle de Porz Guen où 85 % des espèces sont ¨marines¨. Quant aux deux marais de la Mer Blanche et de Penfoulic, ils constituent des situations intermédiaires. Mentionnons que dans un fossé alimenté par une source, situé dans l'Anse St Cadou, 26 (93 %) des 28 espèces de diatomées recensées étaient des espèces ¨dulcicoles¨ et 2 des espèces ¨saumâtres¨.